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1907... de tous les excès !!!

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Commençons cette année, riche en aléas climatiques, par l'observation d'un journaliste de l'époque : "La neige parisienne n'a pas l'harmonieuse unité de la neige des champs... Il faut y distinguer celle "d'en haut" et celle "d'en bas" : en haut, sur les toits, les statues et les branches des arbres, la blancheur immaculée d'une fourrure magnifique et la poétique féerie d'une éclatante floraison de rêve ; en bas, sur le sol, le manteau odieusement souillé, réduit en loques lamentables, un horrible mélange de fange noirâtre et de glace a demi liquéfiée." Celle tombée fin décembre 1906 ne fait pas exception à la règle !!! Début janvier, les citadins pataugent dans une froide et sale mélasse...

hiver a Paris en janvier 1907

La Côte d'Azur, insensible aux rigueurs de l'hiver, reçoit les courses hippiques !!!

courses hippiques de Nice le 20 janvier 1907

En milieu de mois, un puissant anticyclone continental impulse de l'air froid venu des profondeurs de la Russie... 

vague de froid des 22 et 23 janvier 1907

Le 23 janvier, la vague de froid est brève, mais intense... La chute des températures est parfois de 15° en 24 heures !!! On relève -18° à Nancy, -15 à Clermont-Ferrand et -11° à Nantes... A Paris, on ne dépasse pas -7.4° au meilleur de la journée !!! Plus au sud, Montpellier se couvre de neige...

neige à Montpellier le 23 janvier 1907

Le lendemain, la même dépression provoque un "coup de mer" en Méditerranée...

tempete en Mediterranee en janvier 1907

Sur les reliefs du Nord-Est, la neige tombe abondamment !!! A une perturbation neigeuse en flux de sud-est, succède un flux de nord froid et humide...

 tempetes de neige successives fin janvier 1907

Le Haut-Jura, pourtant habitué aux rigueurs de l'hiver, se retrouve au coeur de la tourmente !!! Aux Rousses, les cours sont obstruées et les toits recouverts par une épaisseur peu commune...

cour aux Rousses ensevelie par la tempete de neige fin janvier 1907cour ensevelie par la neige aux Rousses pendant l'hiver 1907

La station est littéralement ensevelie !!!

Les Rousses après une tempête de neige fin janvier 1907

A Nozeroy, les mêmes causes produisent les mêmes effets... Le village semble pétrifié !!!

Grande Rue de Nozeroy sous la neige pendant l'hiver 1907

Il faut dégager les rues et les routes afin de rétablir un minimum de communications et d'échanges !!! Les gens de l'époque sont beaucoup moins dépendants que nos contemporains en cas d'intempéries exceptionnelles... On se chauffe au bois et on dispose de "réserves" sous formes de charcuteries, de fromages ou de conserves !!! On ne se fait pas tout un monde d'être sans télévision, sans téléphone ou en retard au travail... Quant la nature impose sa loi, il faut savoir l'accepter !!! Et composer avec...

route enneigée entre Nozeroy et Champagnole pendant l'hiver 1907

Dans la vaste entreprise de déblaiement, toutes les bonnes volontés sont réquisitionnées !!!

déblaiement d'une route à Nozeroy pendant l'hiver 1907

Pour faire face à cette marée blanche, les hommes du cru sont renforcés par la troupe !!! Les militaires sont à l'époque de toutes les corvées lorsqu'il faut prêter main forte à la population...

corvée de neige pour des militaires aux Rousses pendant l'hiver 1907

Les routes des hauts plateaux sont méconnaissables !!! On circule désormais dans des tranchées aveugles, entourées de murs glacés de 4 mètres...

route de Nozeroy enneigée pendant l'hiver 1907

La Grande Rue de Pontarlier est également encombrée de neige !!!

Grande Rue de Pontarlier enneigée le 31 janvier 1907

Comme dans toute la contrée, les toitures de la cité supportent des charges considérables...

toits de Pontarlier sous la neige fin janvier 1907

La Chaux-de-Fondne laisse pas passer une si belle occasion de fêter l'hiver !!! Le traditionnel concours de constructions de neige n'en est que plus réussi...

concours de constructions de neige à la Chaux-de-Fonds pendant l'hiver 1907

Dans les Vosges, c'est l'accès à la gare de Gérardmer qui devient périlleux...

gare de Gérardmer enneigée pendant l'hiver 1906 1907

Les trains de l'époque sont robustes !!! Ce ne sont pas des ennuis techniques qui retardent le Paris-Milan en gare d'Andelot...

train bloqué par la neige à Andelot le 2 février 1907

Mais la neige qui recouvre les voies et bloque les aiguillages !!!

traîneau dans la neige en gare d'Andelot le 2 février 1907

En basse vallée du Rhône, le froid orne la fontaine moussue de Salon de Provence de larmes de glace ...

fontaine gelée à Salon de Provence le 28 janvier 1907

Le 2 février, comme en 1895, l'épaisse couche cède brutalement au-dessus de Barèges : "vers 5h du matin, une terrible avalanche, dévalant les pentes rapides du Mont Capet, s'est abattue sur l'une des stations les plus renommées des Pyrénées. La masse énorme, emportant tout en quelques instants avec la violence d'une trombe, a non seulement causé des dégâts considérables, mais encore fait 3 victimes... Après le passage du fléau, la petite ville si prospère, maintenant comme morte et enveloppée d'un linceul glacée, n'offrait plus qu'un lamentable tableau de ruine et de désolation..."

avalanche sur Bareges le 2 fevrier 1907

C'est un paysage de guerre que découvrent les sauveteurs !!! Des bâtiments entiers ont été éventrés par le souffle de l'avalanche...

dégâts dans la rue principale de Barèges après l'avalanche du 2 février 1907

"... Pendant les premières heures qui ont suivi, Barèges, frappée d'immobilité, s'est trouvée en outre isolée ; ce n'est qu'au risque de sa vie qu'un messager dévoué a pu porter à Luz la nouvelle du désastre, et aux prix de grandes difficultés que les secours se sont organisés...". Dans certains quartiers, on distingue à peine les maisons...

maisons de Barèges ensevelies sous la neige après l'avalanche du 2 février 1907

Il faut à présent évacuer des tonnes de neige et de débris accumulées sur plusieurs mètres...

Grand Rue de Barèges après l'avalanche du 2 février 1907

C'est alors qu'une nouvelle offensive hivernale a lieu !!! En parallèle à l'advection froide, des dépressions circulent en Méditerranée...

vague de froid debut fevrier 1907

Les flocons tombent sur la Ville éternelle !!! Dans les jardins du Pincio, les romains retrouvent leur âme d'enfants...

neige au Pincio a Rome en fevrier 1907

Toute l'Europe subit les rigueurs de l'hiver !!! En Hollande, la persistance du froid permet l'organisation des célèbres courses sur les canaux gelés... Un évènement qui mobilise tout un pays et tout un peuple !!!

patinage sur les canaux geles en Hollande pendant l`hiver 1907

Le lac de Zurich se transforme en vaste patinoire !!! Ce qui n'était plus arrivé depuis les grands hivers du XIXe siècle...

lac de Zurich gelé en février 1907

En Loire, des galettes de glace apparaissent à la surface du fleuve !!!

embacle de la Loire à Saumur pendant l'hiver 1907

Du 2 au 6 février, il ne dégèle plus à Toulouse !!! Avec une température minimale de -11,5...

températures à Toulouse en février 1907

Phénomène plus rare encore, la Durance se fige !!! "Le rude et long hiver que nous venons de subir a donné lieu, sur divers points de la France, à des effets sans précédents. A Sisteron, au pont de la Baume, la Durance tumultueuse passe entre deux barres rocheuses dont l'une supporte la vieille citadelle et la ville pittoresque..."

citadelle de Sisteron pendant l'hiver 1907

"...C'est à cet endroit que la rivière a gelé sur toute sa surface et sur un kilomètre en amont et en aval. La couche de glace, irrégulière, atteint par endroits près de 2 m d'épaisseur. De mémoire de sisteronnais, ce fait ne s'était jamais produit !"

la Durance gelee a Sisteron pendant l`hiver 1907

Dans la nuit du 14 au 15 février, une première tempête se déchaîne en Méditerranée... De fortes pluies s'abattent sur les reliefs algériens, alors que la neige commence à fondre !!! Les rivières gonflent, et la mer démontée contrarie leur écoulement... Les eaux se répandent dans la plaine littorale, gagnent les faubourgs, et bientôt envahissent les rues de Bône !!!

inondations a Bone en Algerie le 16 fevrier 1907

La voie ferrée vers Constantine, dont le remblai s'est effondré, se retrouve en fâcheuse posture !!!

degats sur la ligne Constantine Bone apres la crue de fevrier 1907

En Europe, là où régnait un anticyclone de plus de 1060 Hpa, une profonde dépression de 955 Hpa s'est creusée !!! Elle permet au redoux de gagner enfin l'intérieur du continent... Là encore, les pluies, associées à la fonte des neiges, inondent une ville d'eau !!! Contrexéville est envahie par l'élément liquide qui fait sa renommée...

inondation à Contrexéville le 20 février 1907

Cette dépression engendre également une terrible tempête !!! Y compris sur l'Ouest et le Nord de la France...

violente tempete du 20 fevrier 1907

Malmené par la forte houle, le paquebot "Berlin" fait naufrage !!! Il entraîne dans la mort 127 personnes...

naufrage du Berlin en fevrier 1907

Mars se montre frais, et plutôt avare de précipitations !!! De la vallée de la Loire aux côtes de la Manche, il tombe moins de 25 mm... Avec plus de 50 mm, la diagonale qui va des Pyrénées au Nord-Est est à peine mieux servie !!!

precipitations en mars 1907

A la fin du mois, les fêtes de Pâques se déroulent dans la douceur !!! Le 31 mars, il fait 21.3° à Bordeaux... La Fête des fleurs de Berck se déroule sous les meilleurs auspices !!!

Fete des fleurs de Berck le 1er avril 1907

Dans la continuité, Avril est surprenant... Le 25 est "torride", avec un remarquable 33° à Amélie les Bains !!! Il est vrai que le piémont pyrénéen, soumis au foehn, est coutumier de ces chaleurs hors saison... Le lendemain, on relève un joli 26° à Toulouse !!!

temperatures a Toulouse en avril 1907

Mais nous ne sommes qu'au printemps... Un puissant flux de nord provoque soudain une chute spectaculaire des températures !!! Le 28, il ne fait plus que 11.5° place du Capitole... 

froid et neige fin avril 1907

La neige fait même sa réapparition du Nord jusqu'à Paris !!!

neige en gare de Caudry le 28 avril 1907

Les 1er et 2 mai, il ne fait guère plus de 10° dans la Capitale !!! Dans la fraîcheur, une "révolution" de l'image est immortalisée par ce cliché pris place de la République... L'invention du procédé de la photo couleur par les Frères Lumières !!!

photo couleur de soldats de la troupe place de la République à Paris, le 1er mai 1907

La chaleur se manifeste enfin le 11 mai !!! Les 30° sont atteints à Châteauroux... Mais un nouveau flux de nord-est fait aussitôt rechuter le mercure !!! Au matin du 19 mai, il fait bien frais avec un petit 2.2° dans la Capitale...

grande fraicheur de la mi mai 1907

Sur les côtes girondines, au débouché du vaste estuaire, un fait divers étonnant a lieu : "Un phare vient de s'écrouler dans la nuit du 20 au 21 mai à l'embouchure de la Gironde. Pour éviter quelques accidents, on devait faire sauter sa tour découronnée le jour suivant... Il avait été construit en 1895, sur un point de la côte qui n'était signalé, jusque là, que par un feu établi sur un échafaudage de charpente. A cet appareil primitif, on a substitué un phare à éclat ultramoderne avec une portée de 104 km... Mais la côte sur laquelle il s'élevait est l'une des plus changeantes de notre littoral. Cette côte semblait alors se fixer et même gagner sur la mer..."

aciens phares de la Coubre avant l`erosion de la cote

"... Mais bientôt la mer s'avança de nouveau à l'assaut du rivage et recommença de le ronger. En 1903, devant l'inutilité de tout effort pour arrêter les flots, une autre tour en ciment armé fut mise en chantier à 1600 m en arrière de la première...". Sur ce cliché de 1905, l'océan, qui a englouti le sémaphore, ne se trouve plus qu'à quelques dizaines de mètres du phare principal...

ancien phare de la Coubre en 1905

Deux ans plus tard, les flots poursuivent leur travail de "sape", affouillant la dune et laissant la tour de pierre en équilibre sur ses fondations de bois !!!

phare de la Coubre en equilibre avant sa chute en mai 1907

Sans le savoir, ces dames ont pris de gros risques !!!

erosion au niveau des fondations du phare de la Coubre

Le 21 mai, la structure bascule et s'effondre sur la plage... L'érosion littorale n'est donc pas une nouveauté !!! Cet évènement en témoigne... On ne parlait pourtant pas encore de réchauffement climatique !!! Ni d'élévation du niveau des océans... Que dirait-on et qu'entendrait-on aujourd'hui si un tel phénomène se produisait en quelques années ?

ruines du phare de la Coubre apres son ecroulement le 21 mai 1917

Avec une alternance de chaud et froid, le temps est instable !!! On signale une tornade à la Ferté-St-Aubin dans le Loiret le 22 mai... Quant aux précipitations, elles sont abondantes !!!
 

precipitations en mai 1907

Des Pyrénées à la Normandie et des Cévennes aux Vosges, il tombe plus de 100 mm... Avec des pointes entre 150 et 200 mm !!! Les rivières normandes sont en crue...

Fichier:Crue 1907 barrage.JPG

Tout comme sa grande soeur l'Orne, la Dive est en colère à Mézidon !!!

crue à Mézidon le 5 mai 1907

Dans la foulée d'un printemps capricieux, l'été est globalement maussade !!! Avec son lot de perturbations et de fraîcheur : "Le 10 juin, au cours d'un violent orage, la foudre est tombée sur un groupe de 12 vaches près de Saint-Pierre-le-Moutier dans la Nièvre. Ces animaux s'étaient blottis sous des arbres élevés dont l'un porte des traces de la décharge électrique. Leur perte est d'autant plus sensible au propriétaire que ces magnifiques nivernaises formaient un lot de sélection destiné aux concours agricoles."

troupeau de vaches foudroye pendant un orage le 10 juin 1907

Dans les derniers jours de juin, un énième flux de nord-est se met en place !!!

grande fraicheur fin juin debut juillet 1907

Il donne à l'entame de juillet une ambiance particulièrement fraîche !!! Pour le premier jour du mois, il ne fait pas plus de 12° à Paris... Et 6° seulement au matin du 3 !!! Si le Sud est relativement épargné par ces "frimas" estivaux, la maximale plafonne à 19.4° à Toulouse le 8...

températures à Toulouse en juillet 1907

L'embellie de la mi-juillet est bienvenue !!! Elle s'achève par une dégradation orageuse... Le 25, après un violent orage, Beaujeu est envahi par les eaux !!! Elles ont charrié boue et gravier dans les rues du village...

dégâts de l'orage du 25 juillet 1907 à Beaujeu

Début août, à la faveur d'un flux de sud-ouest et d'un bon ensoleillement, les 35° gagnent furtivement le nord de la Loire !!! Au pied du Puy de Dôme, dans un air foehné, Clermont-Ferrand transpire par 39°...

chaleur debut aout 1907

Un véritable changement de temps s'amorce mi-septembre... Les 12 et 13, des orages affectent Carcassonne et ses alentours !!! Ce déluge isolé n'est rien comparé à la dégradation qui va suivre... Trois semaines durant, le Sud du pays va subir d'intenses vagues orageuses !!! Après un printemps humide et un été en demi-teinte, ces pluies torrentielles provoquent des crues violentes et de graves inondations...

inondations dans le Midi en octobre 1907

L'Espagne est la première frappée par les intempéries !!! A Malaga, des maisons sont "coupées" par le courant... On compte les morts par dizaines, et 12000 personnes se retrouvent sans abri !!!

maison ecroulee a Malaga apres les inondations de fin septembre 1907 

Le 25 septembre, il tombe 70 mm sur Perpignan en quelques minutes !!!

pluies orageuses du 26 septembre 1907

Présent dans le Languedoc, un correspondant de l'époque témoigne : "Qu'un orage éclate dans les Cévennes ravinées et déboisées, où pas une goutte n'est égarée, et le ruisselet qui serpentait misérablement entre les fentes rocheuses s'enfle subitement ! Il emplit la vallée toute entière, et, quand il arrive dans la plaine, ses flots que plus rien ne retient, inondent les vignes, détruisent les routes et ébranlent les ponts. Les villages riverains sont presque toujours surpris par la soudaineté de la crue ! L'Hérault pénètre dans les maisons et les celliers, entraînant pêle-mêle chaises, bahuts, charrettes et tonneaux ! Ce qui a rendu terrible l'inondation des jours derniers, c'est que tout le bassin de l'Hérault, y compris ses affluents, a débordé, "est sorti" comme disent les gens du pays. Des ruisseaux, comme la Lève à Servian, ont effondré des murs, démoli des files entières de maisons, emmené du bétail et ravagé les vignes... Dans une cave de la région, un foudre, énorme barrique de 350 hectolitres, fut enlevé comme un fétu, transporté à des centaines de mètres, et éventré si bien que les eaux devinrent toutes rouges de vin ! Des troupes de vendangeurs ont été cernées dans les vignes. Il a fallu, pour les sauver, explorer en nacelle toute la basse plaine entre Florensac et la mer. D'un bout à l'autre de cette riante vallée, c'est maintenant la tristesse et la désolation, car dans toutes les vignes inondées, la récolte est complètement perdue. Les eaux salissent et gâtent irrémédiablement les raisins : les grappes noires et appétissantes ne sont plus qu'un amas gluant d'herbes, de feuilles et de boue que la main du vendangeur ne prendra plus la peine de cueillir. Les coteaux ont échappé à l'inondation, mais ils n'échapperont pas au désastre ! La pluie, qui dure depuis une semaine, est en train de pourrir le raisin... Il faut parcourir la région pour bien sentir toute l'étendue de ce malheur... Les vignerons, qui ont déjà grand mal à vendre leur vin, voient cette brusque catastrophe anéantir leur future récolte. Après la mévente, l'inondation ! On ne devra plus dire désormais : "malheureux comme les pierres" ! Mais plutôt : "malheureux comme un vigneron méridional...". Dans cet écrin ravagé, la perle qu'est Pézenas est envahie par les eaux...

centre ville de Pezenas pendant les inondations de fin septembre 1907

Les commerçants du pittoresque centre-ville ne peuvent que constater, impuissants, l'inexorable montée des eaux...

inondation du 26 septembre 1907 à Pézenas

La Peyne, si sage d'ordinaire, est sortie de son lit !!!

crue de la Peyne à Pézenas le 26 septembre 1907

Après avoir ouvert une brèche au square Molière, elle s'est répandue dans la ville...

brèche square Molière à Pézenas en septembre 1907

Non loin de là, la voie ferrée vers Montagnac est jetée à la rivière !!!

voie ferree abimee entre Montagnac et Pezenas apres la crue de fin septembre 1907

Les jardins de Servian sont traversés par les flots boueux : "La Lève, qui passe à Servian, est littéralement à sec l'été. Ses sources ne sont qu'à 8 km du bourg. Mais le 25 septembre dernier, l'eau est arrivée à 5 m au-dessus de l'étiage, dépassant les parapets du pont et submergeant jusqu'au toit les maisons de la partie basse du village ! ..."

Servian inonde pendant la crue de fin septembre 1907

"... Quelques jours plus tard, l'énorme masse d'eau s'en allait, presque aussi rapidement qu'elle était venue, laissant les rues et les murs couverts de boue..."

Servian apres la crue de fin septembre 1907

Malmenées par les eaux et fragilisées par les infiltrations, de nombreuses maisons s'écroulent... Un fléau qui n'épargne pas même des joyaux comme Saint-Guilhem-le-Désert !!!

maisons de Saint Guilhem apres la crue d`octobre 1907

Avant de se jeter dans la mer, l'onde de crue atteint bientôt Agde...

crue de l'Hérault à Agde en septembre 1907

Au pied de l'église de laves noires, l'Hérault déborde ses quais !!!

inondations a Agde fin septembre 1907

Les places inondées sont désertées...

Agde inondee fin septembre 1907

Plus au nord dans le Gard, Sommières connaît une fameuse "vidourlade" !!! On appelle ainsi les crues "éclair" de la Vidourle, aussi soudaines que dévastatrices...

quai inonde a Sommieres le 26 septembre 1907

Quand les eaux se retirent, elles laissent traces de leur puissance et de leur aveuglement... Cette maison a été inondée jusqu'au premier étage, et sa porte enfoncée par des poteaux de bois !!!

maison inondée à Sommières pendant la crue du 26 septembre 1907

Plus loin, c'est une foudre de 120 hectolitres qui a été emportée, et déposée au hasard dans un équilibre précaire...

foudre emporté par la crue de la Vidourle le 26 septembre 1907

Très proches au quotidien, les hommes et les bêtes se rejoignent parfois dans la mort !!! L'occasion pour la "vidourlade" de rappeler qu'elle peut tuer...

victimes de la vidourlade du 26 septembre 1907 a Sommieres

Après les graves troubles du printemps, et devant tant de calamités, Monsieur Fallières fait au Midi une visite présidentielle...

visite du President Fallieres apres les crues de l`automne 1907

Les cieux laissent peu de répit aux sinistrés !!! A peine le temps d'enterrer les premières victimes... Comme si cela ne suffisait pas, une nouvelle "vague orageuse" déferle début octobre !!!

pluies orageuses debut octobre 1907

Sans atteindre l'intensité hors norme de celles d'octobre 1940, les pluies s'abattent sur les Pyrénées orientales... Le 12 octobre, la crue du Tech provoque les premiers dégâts à Amélie les Bains !!!

degats apres la crue du 12 octobre 1907 a Amelie les Bains

Le mauvais temps, qui affecte tout le pays, est bien anecdotique sur les pistes de Longchamp : "Dimanche dernier, a été disputé, sur l'hippodrome du bois de Boulogne, le grand prix d'automne. Hélas ! Cette épreuve sportive, destinée dans l'esprit de ses fondateurs à rappeler à Paris les élégances tentées de s'attarder en leurs villégiatures, fut cette année extraordinairement maussade. De l'après-midi, il ne cessa de pleuvoir, et ce fut sous une ondée diluvienne que se courut la grande épreuve."

courses de Longchamp sous la pluie debut octobre 1907

En basse vallée du Rhône, les éléments prennent une tournure autrement catastrophique... A Alès, le Gardon est en colère !!!

prairie du Foiral inondée à Alès en octobre 1907

Sur cet excellent site, figure une carte des précipitations tombées du 8 au 10 octobre en Ardèche... Pour la seule journée du 8, Privas reçoit 330 mm en seulement 15 heures !!! Une autre valeur maximale de 568 mm en 72 heures donne une idée de l'intensité de ces pluies, qui surviennent après une fin septembre déjà copieusement arrosée...

 

Un témoin raconte : "La pluie a été d'une grande violence ; entre 9h du matin et midi, le pluviomètre, qui contient 120 mm, s'est rempli. Il était plein une seconde fois à la fin de l'orage ! Les dégâts matériels sont très importants ; le vent, qui a soufflé en tempête dans la nuit du 8 au 9, a brisé de nombreuses branches de châtaigniers, courbées qu'elles étaient par l'abondance des fruits". A Vallon Pont d'Arc, la cote de l'Ardèche est mesurée à 9,70 m !!! Près de Sarras, des voyageurs du "PLM" l'ont échappé belle... Le pont a été emporté 20 secondes après le passage du train !!!

pont ferroviaire de Sarras effondré après la crue du 8 octobre 1907

L'intrépide et sauvage Ouvèze défigure Pouzin... Elle emporte pont, maisons, école et bonneterie !!! Des images qui font écho au drame futur de Vaison La Romaine... 

degats de la crue de l`Ouveze a Pouzin en octobre 1907

De vaillants sauveteurs portent secours aux victimes et sinistrés !!!

sauveteurs du Pouzin apres la crue des 8 et 9 octobre 1907

Le pont médiéval d'Alissas a résisté !!! Pour cette fois encore...

pont emporte a Alissas pendant la crue de 1907

Gonflé par ses affluents, le Rhône lèche à deux reprises les remparts d'Avignon...

inondations à Avignon le 18 octobre 1907

Les sols sont désormais gorgés d'eau !!! Et les versants des reliefs toujours aussi dénudés... Des glissements de terrain ne tardent pas à se déclencher : "Dans la nuit du 8 au 9 octobre, un phénomène déconcertant s'est produit dans une vallée sauvage à 13 km d'Aubenas. A la suite de pluies torrentielles, la montagne des Blaches s'est détachée subitement du vaste plateau volcanique du Coiron pour dégringoler dans le ravin, emportant tout sur son passage. Après avoir parcouru 900 m en quelques heures, l'avalanche ralentissait à 40 m à l'heure. Pendant 2 jours, les habitants très inquiets ainsi que de nombreux visiteurs, purent jouir du spectacle de la montagne en marche. On ne saurait rendre la grandeur de l'impression produite par cette masse ambulante, se désagrégeant de temps à autre en blocs énormes qui s'entrechoquent dans la vallée avec un bruit sinistre, tandis que les arbres s'affaissaient lentement, pour être ensuite broyés par les rochers qui les avaient déracinés. La route est ensevelie sur 200 m par un amas de terre, de rochers et d'arbres enchevêtrés, et trois ponts ont été emportés..."

glissement de terrain sur le plateau de Coiron apres les crues des 8 et 9 octobre 1907 

Dans son cours supérieur, la Loire commence à faire des siennes !!! Les abondantes précipitations tombées sur les contreforts sud du Massif Central grossissent le fleuve...

crue de la Loire debut octobre 1907

Et les éléments s'acharnent !!! La "recette" automnale de ces "épisodes cévenoles" est invariable : des eaux tièdes de la méditerranée s'élève un air chaud chargé en humidité... Venu des hautes latitudes, de l'air froid arrive par le nord-ouest !!! L'air chaud et humide s'élève dans cet air froid, et se condense... Dans un flux de sud sud-est, des nuées instables se développent et se déversent en pluies orageuses !!! L'ascendance forcée sur les reliefs accentue le phénomène... Si la situation générale perdure, le cycle se répète !!! Aux orages succèdent d'autres orages, aux pluies s'ajoutent d'autres pluies... Les cumuls deviennent alors impressionnants et provoquent les ravages que l'on sait !!! Hélas, tous ces éléments sont de nouveau réunis le 16 octobre...

pluies orageuses de la mi octobre 1907

A Montpellier, le Lez en crue noie la chaussée du pont Juvénal !!!

crue du Lez au pont Juvénal à Montpellier le 16 octobre 1907

Avec ces derniers abats de pluies, le haut bassin de la Loire est saturé !!! Le 17 octobre, le pont d'Andrézieux cède : "Les inondations, qui désolent la vallée de la haute Loire, viennent d'emporter un pont suspendu, jeté sur le fleuve non loin de Saint-Etienne. Existant depuis près de 60 ans, il avait remplacé un autre ouvrage du même modèle, lui-même détruit par la crue violente de 1846 !". La pression des eaux et leur travail de sape des fondations ont eu raison de l'ouvrage d'art !!!

pont d'Andrézieux détruit par la crue de la Loire le 17 octobre 1907

A la digue du Pinay, la Loire remplit le bassin amont et dégueule bruyamment en aval... Pour le plus grand bonheur des curieux venus admirer le spectacle !!!

crue de la Loire en aval de la digue du Pinay le 17 octobre 1907

Dans un dernier élan, le jeune fleuve ne tarde pas à franchir l'obstacle érigé par les hommes sur son cours impétueux...

digue de Pinay débordée par la crue de la Loire le 17 octobre 1907

Arrivée en plaine de Roanne, la Loire prend ses aises... Elle regagne son lit majeur !!!

la plaine de Roanne au pont de Pouilly pendant l`inondation d`octobre 1907

Quand elles ne sont pas coupées, les voies ferrées s'affaissent !!! Ce train reliant Paray le Monial à Roanne a ainsi déraillé...

deraillement d`un train suite a la crue du 16 octobre 1907

L'impact économique des inondations est considérable !!! A l'époque, beaucoup d'usines sont implantées aux bords des fleuves et des rivières... L'eau est à la fois une force motrice et une matière première !!! Elles y trouvent également des voies d'échange et de communication pour leur approvisionnement et leurs débouchés... Cette riche proximité a ses revers en cas de crues !!!

usines inondées à Nevers le 19 octobre 1907

Pour les riverains, le temps est parfois venu de quitter son domicile... Par peur des pillages ou manque de moyens, ces habitants de Nevers préfèrent camper à proximité de leurs biens !!! Nous sommes le 19 octobre...

réfugiés à Nevers après les inondations du 19 octobre 1907

Le 21, au pont de Vierzon, l'onde de crue aborde Orléans !!!

crue de la Loire au pont de Vierzon à Orléans le 21 octobre 1907

Les affluents viennent également grossir le fleuve...

crue du Loiret au pont St-Nicolas à Orléans le 21 octobre 1907

En première ligne, les quais sont envahis !!!

quai inondé à Orléans le 21 octobre 1907

Puis les rues adjacentes, où l'on circule en barque...

rue inondée à Orléans le 21 octobre 1907

Dans la journée, sous les arches majestueuses du pont de Blois, la Loire atteint 5 m 65 !!!

crue de la Loire au pont de Blois le 21 octobre 1907

Habitué aux humeurs du fleuve, cet horloger a prudemment installé sa boutique au premier étage !!!

boutique à Blois pendant l'inondation du 21 octobre 1907

Le 22 octobre, la crue est à son maximum au pont de Pierre de Tours... On y mesure encore 5 m 60 !!!

crue de la Loire au pont de Pierre de Tours le 22 octobre 1907

Dans un tel état, la Loire est capable de tout... Comme à Vouvrayelle refoule une rivière !!! La petite Cisse n'a qu'à bien se tenir...

Cisse refoulée par la crue de la Loire à Vouvray le 22 octobre 1907

Ses grands affluents réagissent également !!! Le 27 octobre, le Cher contrarie l'activité d'un de ces charmants restaurants, où vous pouvez vous régaler de brochets, sandres, anguilles et autres cuisses de grenouille...

crue du Cher à Saint Avertin le 27 octobre 1907

Rien qu'en octobre, il est tombé plus de 200 mm sur la façade atlantique, les Pyrénées et un large quart sud-est !!! Avec des pointes au-delà de 300 mm en de nombreux endroits... Privas en Ardèche a reçu pas moins de 856 mm !!! En l'espace de 3 semaines, des cumuls de près de 1200 mm ont été mesurés dans les Cévennes... 

précipitations en octobre 1907

On pense alors en avoir fini... Et bien pas du tout !!! Dans la nuit du 6 au 7 novembre, il tombe 273 mm sur Narbonne...

 pluies orageuses des 8 et 9 novembre 1907

Au pied de la cathédrale de Béziers, l'Orb cote soudain 7 mètres au-dessus de son étiage...

crue de l'Orb à Béziers pendant l'automne 1907

Les bas-quartiers de la ville sont inondés !!!

bas-quartiers de Béziers inondés par la crue de l'Orb en 1907

Tout comme la large vallée du fleuve languedocien...

plaine inondée par la crue de l'Orb à Béziers en 1907

Ici comme ailleurs, des maisons s'écroulent !!!

maison écroulée à Béziers après la crue du 7 novembre 1907

Cela n'arrange en rien une situation toujours sensible !!! Ces nouvelles précipitations achèvent de fragiliser ce qui l'était déjà...

dégâts de la crue du 9 novembre 1907 à Montagnac

Au-delà des toits de tuiles, la plaine de Pézenas est inondée !!! Comme elle l'était déjà un mois auparavant...

plaine de Pézenas inondée le 7 novembre 1907

La route de Valence est coupée pour la seconde fois à Saint-Péray !!!

route de Valence coupée par la crue du 8 novembre 1907 à Saint Péray

Près de Perpignan, une locomotive se retrouve le nez dans la vase !!!

locomotive enlisée à Salces suite aux inondations de novembre 1907

"Les pluies persistantes qui désolent, depuis bientôt deux mois, la région du Midi, ont affouillé la voie ferrée qui traverse l'étang de Salces, sur la ligne de Narbonne à Perpignan. Il y a quelques jours, au moment où un train de voyageurs traversait à petite allure un passage signalé comme dangereux, le mécanicien, sentant la voie s'affaisser, bloqua instantanément son frein : aussitôt la locomotive s'enlisait de l'avant à plus de 3 m de profondeur !"

voie ferree affaissee pres de Perpignan apres les inondations en octobre et novembre 1907

Le bilan de novembre est éloquent !!! Des régions déjà cruellement éprouvées subissent des cumuls conséquents pour le deuxième mois consécutif...

précipitations en novembre 1907

A l'occasion de ces précipitations exceptionnelles, quelques esprits avertis s'interrogent sur les causes de ces catastrophes à répétition : "les inondations qui ont désolé récemment le Midi ont ramené une fois de plus l'attention sur les dangers du déboisement... En attendant que le Gouvernement et son Administration prennent des mesures depuis si longtemps réclamées, des initiatives individuelles se font jour. Depuis plusieurs années, l'Association centrale pour l'aménagement des montagnes, basée à Bordeaux, a commencé des travaux d'amélioration pastorale et de reboisement. Ces travaux ont préservé des milliers d'hectares et fait renaître la végétation sur des pentes qui semblaient devoir rester pour toujours incultes. Ces résultats, obtenus avec de modestes moyens, sont dus aux excellentes méthodes qu'elle a inaugurées et dont l'extension mérite d'être encouragée".

reboisement par ensemencement de meleze en novembre 1895 

Après bien des excès, l'année finit tout en douceur !!! Le 1er décembre, la température ne descend pas en dessous de 10° à Toulouse... Et le 8, on y atteint presque 18° !!!

douceur debut decembre 1907

A Lyon, la fête des Lumières n'en est que plus belle !!!

fête de la lumière à Lyon le 18 décembre 1907

En décembre 1907, la ville rose, pourtant éloignée de l'océan et de "Mare Nostrum", ne connaît aucune gelée...

températures à Toulouse en décembre 1907

Le 14, dans un flux océanique rapide, les éléments se déchaînent : "La tempête récente, qui a balayé notre littoral, a sévi avec une extraordinaire violence dans le Golfe de Gascogne ! Parmi les sinistres maritimes qu'elle a causé, un des plus graves est le naufrage du voilier suédois Padosa qui s'est produit en vue de Biarritz..."

tempete sur le golfe de gascogne le 14 decembre 1907

"... Pendant la nuit, il s'est jeté non loin de la grande plage, sur les rochers formant la base du plateau où s'élève l'Hôtel du Palais. Il n'était qu'à 150 m du rivage, mais la mer démontée et le vent en furie rendirent inutiles tous les efforts tentés des heures durant à terre pour lui porter secours. Au matin, les nombreux spectateurs de sa détresse le virent s'ouvrir et sombrer. La plage offrait le lamentable tableau des épaves que les flots y avaient apportées : du fier bateau ne restait plus qu'un amas de bois déchiquetés et de matériaux divers. Sur les 11 hommes d'équipage, 8 ont pu être sauvés ! 3 disparus sont à déplorer."

naufrage du Padosa sur la grande plage de Biarritz le 14 décembre 1907

Le calme revenu, un nouvel oiseau prend son envol !!! Ces machines, qui défient l'apesanteur, fascinent les contemporains : "Après la perte du dirigeable "Patrie", qui causa la consternation générale, tous les regards se sont portés sur le "Ville de Paris" ! Aussi, est-ce avec une vive curiosité que chacun suivit, ces derniers temps, les évolutions du ballon au-dessus de la Capitale. Pour le départ, on attendait un temps et un vent favorable pour filer vers l'est. Après un tour sur Paris, le dirigeable franchit les fortifications, passant juste au-dessus du pont de Lagny. Les curieux étaient massés, la tête levée, admirant le bel aéronat. L'enthousiasme fut grand quand on vit qu'il continuait sa course vers la frontière. Bientôt, il survole les belles campagnes de la Brie. Les paysans sortent de chez eux ; dans les champs, les travailleurs s'arrêtent. Seuls les oiseaux s'enfuient, effrayés par le monstre énorme qui vient troubler leur vol..."

spectateurs du vol du dirigeable Ville de Paris en decembre 1907

Reynald ARTAUD.

Sources : pour les données météorologiques, les annales du Bureau central météorologique de France ; pour les photographies, la revue "l'Illustration" et le "Petit Journal" illustré, les ressources en ligne, ainsi que les collections de la B.N.F., de la Médiathèque de Toulouse, et des Archives départementales.

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